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Pierre Feuille Pistolet

jeudi 12 février 2026

Pologne/France/Ukraine – 2023 – 1h 24’

Un van polonais sillonne les routes d’Ukraine. A son bord, Maciek Hamela évacue des habitants qui fuient leur pays depuis l’invasion russe. Le véhicule devient alors un refuge éphémère, une zone de confiance et de confidences pour des gens qui laissent tout derrière eux et n’ont plus qu’un seul objectif : retrouver une possibilité de vie pour eux et leurs enfants.

NOTE DU RÉALISATEUR

Le minivan-cinéma

Les principaux protagonistes du film sont des personnes qui fuient les bombardements. L’espace qui permet de contenir toutes leurs histoires est un minivan de 8 places qui sert à les convoyer depuis leurs villes ou villages reculés et proches de la frontière russe, vers des zones plus sûres. Pour un grand nombre de personnes qui montent à bord, ce minivan surchargé en regard des normes autorisées devient une fusée les transportant vers la sécurité. Il est en même temps le premier espace de confession sûr et intime, et l’échange de leurs expériences avec moi est d’une évidence tout à fait naturelle. La plupart du temps, les passagers ne se connaissent pas entre eux, et chaque histoire est racontée, très souvent pour la première fois. À l’intérieur du véhicule, la caméra est frontale face aux passagers et se déplace rarement. Les dialogues créent une dynamique dans le cadre, guidant notre œil qui circule librement. La bulle momentanée qu’offre le minivan permet des conversations franches entre le conducteur et les passagers. Ces conversations prennent parfois un ton léger, qui contraste avec le contexte dramatique, se dérobant ainsi aux récits de guerre stéréotypés auxquels on pourrait s’attendre. Ce huis clos dans le véhicule est rythmé par des scènes d’adieux, de présentations ou de retrouvailles qui marquent le début ou la fin de chacune de ces histoires, créant naturellement les chapitres du film.

Devenir réfugié

À chaque itinéraire, nous croisons différentes personnes ou familles dont les ressentis et expériences de la guerre varient sensiblement. Ce sont toutes les classes sociales et toutes les générations qui voyagent à bord du van, avec des motivations toutes aussi diverses. Retrouver des proches, quitter le pays, accompagner sa famille. Ces personnes échangent leurs avis, partagent leurs émotions,révèlent leurs peurs, leur état d’esprit et leurs espoirs. Ces conversations forment un grand récit qui documente le destin de l’humain dont la perspective de vie est bouleversée, et qui fait face à une transformation existentielle. Certaines personnes montent dans la voiture sans aucun projet pour leur avenir : avec un sac rempli d’affaires personnelles et une poignée de documents en main, elles doivent faire un saut vers l’inconnu. L’incertitude n’empêche pas une certaine curiosité du monde vers lequel ces personnes voyagent. Nombre d’entre elles ont toujours vécu dans des petits villages et ne les ont jamais quittés, ne serait-ce que pour aller à Kiev. Certains sont heureux de découvrir la Pologne ou le pays dans lequel ils vont se rendre. Ces échanges évoquent souvent les problèmes du quotidien d’avant l’invasion du pays, ce qui nous permet de sentir que leurs vies n’étaient pas si différentes des nôtres avant d’être brutalement interrompues par la guerre. Les expériences de la semaine précédente et du mois précédent sont mêlées à des conversations sur l’avenir proche et lointain, accompagnées souvent d’inquiétude. Elles donnent à sentir ce moment charnière où une personne « devient réfugié », où elle fait la transition du passé vers le futur. Elle doit réagir à la perte, à la nécessité de prendre des décisions rapides et à compter sur l’aide de personnes qui lui sont étrangères. Les enfants ont une place importante dans ces récits. Ils s’expriment sans le filtre de la peur ou de la méfiance. Leurs réactions spontanées au moment de quitter les lieux donnent un aperçu du drame de l’exil forcé, l’une des plus grandes menaces du monde actuel.

Le chauffeur

Dans ce film, je suis réalisateur mais également chauffeur, organisateur, bénévole, interprète, confident. J’aborde l’histoire sans commentaires, ni analyse. Pour les passagers, je suis celui qui s’occupe de leur évacuation et c’est d’abord cette place que j’occupe dans le film. Ma mission consiste à retrouver les personnes ayant besoin d’être évacuées et à leur assurer un hébergement et des soins adaptés, ce qui m’amène à être constamment dans l’action et la recherche de solutions. Lorsqu’ils me parlent, c’est donc à « l’homme-orchestre » que je suis qu’ils s’adressent. Le personnage du chauffeur est celui qui fait le lien entre tous les passagers du minivan. J’existe principalement en hors-champ, dans les questions que je pose aux passagers ou lorsque je leur réponds. On entend aussi parfois mes conversations téléphoniques, pour organiser la réception des personnes, prévoir l’étape suivante, communiquer avec les familles, ambulanciers ou autres bénévoles. Ces discussions témoignent de la nature des actions entreprises. Elles reflètent aussi le lien qui se crée entre nous et mon anxiété personnelle dans des situations de danger mortel. Si je suis discret, je ne suis pas neutre. Mes réactions montrent comment les histoires racontées m’étonnent ou me bouleversent. Comme souvent dans les situations dramatiques, le rire est lui aussi présent. Ponctuellement j’apparais à l’image, lorsque je sors du van, et en particulier dans les moments d’adieux et de salutations.

Le hors-champ de la guerre

Cette guerre a dépassé les pires projections et ses impacts matériels, psychologiques, sociaux et civilisationnels s’étendront probablement sur des décennies. À travers les fenêtres du minivan, le décor de la guerre défile sous nos yeux. Les chars sur la route, les bombardements au loin, les checkpoints, forment la toile de fond de nos conversations. Lorsque nous sommes à l’arrêt, notre regard se pose plus longuement sur les campagnes et les villes que mes passagers laissent derrière eux. Malgré le calme apparent, les maisons carbonisées ou aux vitres brisées, les morceaux de missiles incrustés dans les routes s’imposent à nos yeux. Ces images représentent un monde effondré qui ne sera plus jamais le même. Le film témoigne de toutes les étapes les plus importantes de cette guerre. À commencer par la première vague de réfugiés, qui fuient tous les coins du pays. Viennent ensuite ceux qui fuient l’encerclement de la ville de Kiev et Chernihiv, puis la bataille autour de Kharkiv et celle de l’usine d’Azovstal. On assiste à la vague de réfugiés de Marioupol pendant son effondrement, et à celle provoquée par l’offensive russe vers Bakhmut, Siversk et Soledar (qui continue jusqu’à présent, c’est-à-dire mai 2023).

En automne 2022, à la suite des contre-offensives ukrainiennes, l’évacuation des territoires est remplacée par le besoin d’aider le flux de personnes fuyant les territoires occupés. Cela concerne notamment les alentours de Energodar et Nova Kakhovka, à proximité dangereuse de la centrale nucléaire dont l’état de fonctionnement se détériore rapidement.

La structure du film

C’est le fragile fil de l’émotion qui dicte la narration du film au montage. Les récits n’ont pas tous la même portée émotionnelle, et l’un des enjeux est de rendre audibles toutes les histoires choisies, de créer des résonances entre elles. Le rythme interne aux plans, leur tension, nous rapprochent avec une plus grande force et justesse des personnes qui partagent avec nous ce moment de leur vie.Lorsque le minivan n’est pas rempli, je propose à des personnes que j’aperçois à proximité de la route de les transporter. Ces moments donnent parfois lieu à des tournages en dehors de la voiture. Nous rencontrons également des habitants qui font le choix de rester, comme cette famille qui moissonne près d’un lac, alors que des bombes tombent de l’autre côté du plan d’eau, ou des dames qui vendent leurs fruits en bord de route.

Il m’arrive également de transporter des personnes dans l’autre sens. Des personnes par exemple qui retournent dans des zones risquées pour s’occuper de proches après avoir évacué une partie de leur famille, ou qui rentrent chez elles après la libération de leur ville. Dans ces mouvements de va et vient, il s’agit de faire sentir la grande quantité de personnes en transit, qui partent, qui viennent, qui rentrent, qui restent…

Depuis le début de la guerre, ce sont plus de 100 000 km que j’ai parcourus pour évacuer des civils. Les lignes vertes montrent les principaux trajets effectués. Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, plus de 7 millions d’habitants ont fui le pays et une grande majorité d’entre eux ont passé la frontière avec la Pologne. À ces chiffres s’ajoutent 8 millions de personnes qui ont quitté leurs foyers dans l’Est du pays pour se réfugier dans des régions plus sûres à l’Ouest. L’évacuation massive de civils est l’un des phénomènes les plus importants de cette guerre qui se déroule si près de la frontière du monde occidental. Dans le même temps, ces déplacements ont un impact direct et immédiat sur les citoyens des pays limitrophes. La guerre est passée d’un simple phénomène rapporté dans les médias, à une situation bien réelle qui nous intime de réagir directement et de venir en aide aux réfugiés. Cette place de témoin direct de la population polonaise vis-à-vis des réfugiés ukrainiens l’oblige à changer ses réflexes de repli. Pour une fois, tout le pays cesse de séparer mentalement la guerre de l’immense drame qu’elle provoque, comme lorsque se déroulent au loin les guerres en Irak ou en Syrie, qui ont jeté sur les routes des millions de personnes auxquelles nos frontières sont restées fermées.

PIERRE FEUILLE PISTOLET se veut l’écho d’une mobilisation spontanée, massive, parfois surprenante, belle, et du rapprochement historique de deux pays avec un passé commun difficile. Ce sursaut inattendu nous prouve-t-il que la fraternité entre les peuples peut surgir même là où l’on s’y attend le moins ?

Portraits

SASHA/SANYA/SOFIA

Sasha, 34 ans, vivait dans un petit logement social dans le centre de Tchernihiv avec sa femme, sa mère et ses trois enfants. Sa ville est située à seulement 40 kilomètres de la frontière biélorusse, d’où est partie, en février 2022, l’offensive dirigée contre Kiev. Un missile russe est tombé à quelques mètres de l’immeuble où ils vivaient et le choc a fait exploser toutes les fenêtres et les portes de l’appartement. À cause d’un éclat de verre, le fils de Sasha a perdu un œil. Sa fille Sanya a, quant à elle, arrêté de parler. La ville était complètement assiégée et les voies d’évacuation coupées. La femme de Sasha a réussi à quitter la ville dans l’un des rares transports d’évacuation mais n’a pu emmener que 3 enfants, uniquement ceux qu’elle arrivait à porter dans ses bras. Sasha est donc resté seul avec Sanya. Sachant que personne ne voulait emmener des hommes en âge d’être appelés à la guerre, il m’a dit au téléphone qu’il était le grand-père de Sanya. Il était très étonné que je sois venu le chercher. Durant le trajet, Sanya se lie d’amitié avec Sofia, d’un an son aînée. Sofia vivait sur le territoire de l’unité militaire Desna, près de la frontière avec la Biélorussie. Avec sa sœur, son frère, sa mère et sa grand-mère, ils partent pour la Pologne même s’ils n’y connaissent personne. Après la révélation des premiers crimes de guerre commis par les Russes sur la population civile, la mère de Sofia a décidé d’aller dans un endroit plus sûr. Quand Sofia entre dans le minivan, elle sort délicatement un petit papier de son manteau et le déplie avant de me le présenter : son nom et ceux de ses parents avec leurs numéros de téléphone y sont inscrits, ainsi que son adresse. Sofia me propose de jouer avec elle à pierre-feuille-ciseaux. Comme je conduis, je lui suggère de jouer avec le chef-opérateur. Avec espièglerie, elle ajoute un pistolet à la liste des objets, ce qui lui permet de gagner à chaque fois. Dans la voiture, Sofia et Sanya feuillettent ensemble des livres sur les animaux. Sanya retrouve sa voix pour la première fois depuis l’explosion, mais les sons qu’elle émet ne forment pas encore de mots…

SIFA

Sifa vient de Kinshasa RD Congo mais elle habite en Ukraine depuis 10 ans. Elle y a fini ses études et fondé sa boutique de tissus à Odessa. Lorsque la guerre a éclaté, elle rendait visite à sa famille à Kiev. Tout le monde a immédiatement décidé de partir mais il manquait une place dans la voiture et Sifa l’a laissée à sa sœur cadette et s’est rendue toute seule à la gare. Le train d’évacuation n’est jamais arrivé et Sifa a du prendre un taxi pour rejoindre ses amis. C’est dans ce véhicule, où elle se trouvait avec d’autres Africains, que les forces spéciales russes les ont arrêtés. Bien que les passagers soient tous spontanément sortis de la voiture avec les mains sur la tête, les soldats leur ont tiré dessus à bout portant. Blessée, elle est restée étendue sur la chaussée toute la nuit et a perdu beaucoup de sang avant qu’une ambulance l’emmène finalement à l’hôpital. À Kiev, Sifa a subi deux opérations pour déloger les balles de son corps, mais la troisième, coincée dans son bassin, n’a pas pu être sortie. Sa famille cherchait à la faire passer de la ville bombardée à un hôpital à Berlin dès que possible. Je ne savais rien de tout cela quand je suis allé la chercher. Son chirurgien s’attendait plutôt à voir une ambulance et n’a pas mâché ses mots lorsqu’il a vu ma voiture. Cependant, il n’y avait pas d’alternative et nous avons rapidement adapté le minivan aux besoins de transport d’une personne alitée, en enlevant les sièges et en découpant le matelas pour qu’il rentre dans la voiture. Pendant le trajet, j’ai organisé pour Sifa un séjour temporaire à l’hôpital de Tomaszów Lubelski que nous avons réussi à atteindre en toute sécurité. Sifa espère retourner en Ukraine un jour et continuer à s’occuper de son entreprise. Ce pays est sa deuxième patrie et elle ne peut pas imaginer sa vie ailleurs.

TANYA/NATASHA/OLYA

Tanya élève seule ses trois enfants dans le petit village de Polissia, à 10 kilomètres de la frontière avec la Russie. Quand les Russes ont envahi ce territoire dans les premières heures de la guerre, Tanya n’a même pas eu le temps de faire des provisions de nourriture. Ce jour-là, la seule épicerie du village a fermé. Pendant 41 jours sous l’occupation, Tanya et ses enfants ne recevaient de la boulangerie locale qu’une miche de pain par jour. La nourriture était rationnée par les Russes. Tout le reste était destiné à satisfaire les besoins de leur armée. La fille de Tanya, 13 ans, était partie l’année passée en Espagne pour un échange. La famille espagnole qui l’avait alors accueillie, l’a appelée juste après le déclenchement de la guerre, leur offrant un toit à Madrid. Mais il leur était impossible de fuir le village occupé de Polissia.

Mon trajet pour récupérer Tanya et les enfants s’est révélé particulièrement difficile. Sur la rivière Desna, tous les ponts avaient été explosés. Les Russes étaient en retraite, mais il n’était pas du tout clair de savoir quelles routes étaient occupées et lesquelles étaient déjà sécurisées. Une institutrice et sa fille sont venues à la rescousse de Tanya, en organisant l’essence et une voiture. Elles sont parvenues à rejoindre une passerelle près de Tchernihiv par laquelle Tanya et ses enfants ont traversé la rivière en toute sécurité. Là-bas, nous nous sommes retrouvés et avons entamé la prochaine étape de leur voyage vers la Pologne. Tanya et ses deux fils sont si maigres qu’ils peuvent facilement tenir à trois sur deux sièges. Grâce à cela, nous pouvons également emmener Natasha (une femme de ménage de Horodnye) et sa fille. Depuis la voiture, nous organisons l’hébergement et la suite du voyage pour les deux familles. Les conversations téléphoniques se font en espagnol et Olya, la fille de Natasha, fait office d’interprète.

EWELINA

Ewelina a 21 ans et a toujours rêvé d’ouvrir dans sa ville un café de style « européen ». À Tchouhouïv, cependant, le taux de chômage est très élevé et son rêve semblait s’éloigner jusqu’à ce qu’elle apprenne l’existence de l’une de ces cliniques de GPA dont il existe des dizaines en Ukraine. Ewelina a décidé de donner naissance à un enfant en échange de 10 000 euros pour un donneur inconnu venant de Paris. Elle a également persuadé sa mère de 38 ans, avec qui elle vivait, de participer au programme. Lorsque la guerre a éclaté, Ewelina était enceinte de 3 mois. Sa mère n’a pas pu tomber enceinte car la date de fécondation à la clinique a été fixée au 28 février 2022. Les agences ukrainiennes servant d’intermédiaire pour les mères porteuses ont fermé du jour au lendemain. Elles ont seulement réussi à leur transmettre les coordonnées des donneurs, puis les ont laissées se débrouiller toutes seules. Le donneur de l’enfant d’Ewelina, William, a contacté une organisation internationale avec laquelle je coopère en tant que bénévole. C’est comme cela qu’Ewelina, accompagnée de sa mère, son fils et sa sœur se sont retrouvés dans ma voiture. Ewelina n’était jamais partie à l’étranger et n’avait jamais parlé à William, le père de son enfant à naître, car elle ne parle ni français ni anglais. Ce n’est qu’en chemin qu’elle apprend de moi que William est homosexuel et que son enfant sera élevé par deux pères. Cela ne la dérange pas car tout ce qui compte pour elle, c’est que l’enfant soit bien traité. Malheureusement, elle doit abandonner pour l’instant son projet d’ouvrir un café. L’argent de cette première grossesse devra servir à rénover la maison qui a été partiellement détruite lors des récents bombardements mais Ewelina a l’intention de redevenir mère porteuse encore deux fois et elle est optimiste quant à l’avenir. Il faut juste espérer qu’elle pourra retrouver son mari, qui est resté pour défendre le territoire.

NATASHA

Natasha fait partie des milliers de réfugiés de Marioupol ayant suivi la seule route qui permet de se rendre depuis les territoires occupés jusqu’en Ukraine. Natasha s’est lancée dans ce dangereux périple avec son fils pour rejoindre son mari qui travaillait à l’étranger lorsque la guerre a éclaté. Bien que son mari soit rentré en Ukraine immédiatement pour rejoindre sa famille, il n’a pas pu les retrouver tout de suite, la maison ayant été détruite, et le réseau mobile coupé. Ils sont restés deux mois sans nouvelles l’un de l’autre. Natasha est russe d’origine, née à Kamchatka. Elle n’a reçu sa nationalité ukrainienne que récemment. Sa langue natale étant le russe, elle raconte la peur infligée sur les colonnes de réfugiés qu’elle a rejoint près du front, remplie de violence, de tirs et de menaces. Comme elle a passé plus de 2 mois en sous-sol sans réseau, Natasha admet qu’elle a perdu ses repères : elle ne sait pas trop qui a commencé quoi, comment la guerre s’est développée. Tout ce qu’elle sait, c’est que sa ville Marioupol n’existe plus, que là-bas il « n’y a pas de futur ». Pour elle, le plus important est d’être enfin avec ses proches, son mari et sa fille qui les attendent à Kiev. Nous arrivons à Kiev. Natasha et son fils sortent du minivan et s’avancent vers un croisement de rue où son mari et sa fille leur ont donné rendez-vous. Leurs retrouvailles font une des scènes les plus mémorables de mes évacuations. L’étreinte de cette famille, leur soulagement et leur émotion m’a profondément marqué. Elle peut résumer à elle seule pourquoi, au-delà des raisons personnelles, on s’engage.

MACIEK HAMELA

Maciek Hamela est producteur et réalisateur. Né à Varsovie en Pologne, il étudie à la Faculté de Philologie de l’université de Varsovie puis obtient une maîtrise en littérature française à l’université Paris IV Sorbonne. Il travaille ensuite dans le bâtiment, en tant que guide touristique tout en étudiant la réalisation cinématographique à l’EICAR. Il est collaborateur de longue date de la BBC. Il produit notamment les films Convictions(MDR Film Prize au Dok Leipzig IFF 2016), Parquet et la série de podcasts documentaires Plan B pour Audioteka. Il reçoit en 2018 le Silver Melchior Radio Award au Concours national des journalistes de la radio polonaise, pour ses productions radiophoniques. En 2021, le court-métrage documentaire Bless You, dont il est producteur et co-réalisateur, reçoit un Doc Alliance Award au sein du programme Cannes Docs et est présenté au Millennium Docs Against Gravity FF. Pierre Feuille Pistolet est son premier long-métrage documentaire en tant que réalisateur.